Les mythes sur le sommeil

Voici une série de questions auxquelles vous pouvez répondre pour évaluer et mettre à jour vos connaissances sur le sommeil.



Que pensez-vous des affirmations suivantes?


"Le fait de pouvoir s'endormir "n'importe quand, n'importe où" est le signe d'un système de sommeil sain"

Le fait de pouvoir s’endormir n’importe où et n’importe quand représente un signe pour lequel plusieurs causes sont à envisager :


- Une somnolence diurne excessive peut être la conséquence d’un manque de sommeil ou d’une privation chronique de sommeil.

- Le « bon dormeur » peut également souffrir, sans le savoir, d’apnées obstructives du sommeil.

- Certaines pathologies neurologiques ou psychiatriques peuvent également avoir des manifestations telles que la somnolence diurne comme la narcolepsie ou le TDAH.


Ceci est donc un mythe.



"De nombreux adultes n'ont besoin que de 5 heures de sommeil ou moins pour leur santé générale"

En 2015, la National Sleep Foundation (aux Etats-Unis) a rendu un rapport concernant la durée de sommeil moyenne recommandée en fonction de l’âge et à partir des données de la littérature scientifique. Voici leurs recommandations :


- Pour un nouveau-né 14 à 17 heures,

- Pour un nourrisson de 12 à 15 heures,

- Pour un jeune enfant de 11 à 14 heures,

- Pour un enfant d'âge préscolaire de 10 à 13 heures,

- Pour un enfant d'âge scolaire de 9 à 11 heures,

- Pour les adolescents 8 à 10 heures,

- 7 à 9 heures pour les jeunes adultes et les adultes,

- Et 7 à 8 heures de sommeil pour les adultes plus âgés.


Le fait de dormir moins de 5 heures est associé à un risque sur la santé cardiovasculaire, métabolique, mentale et immunologique.


Il y aurait bien des personnes avec un sommeil plus court mais compte tenu des preuves d’un risque élevé de maladie chronique liées à un sommeil court, les experts soutiennent la recommandation d’un sommeil de 7 heures pour les adultes.


Il s’agit donc d’un mythe.



"Votre cerveau et votre corps peuvent apprendre à fonctionner tout aussi bien avec moins de sommeil"

Quand la durée de sommeil diminue, le niveau de somnolence augmente à partir du 2ème jour et ce de façon progressive et constante avec des mesures objectives. En revanche, le ressenti de la personne qui subit cette privation est un peu différent : la personne ressent une somnolence qui augmente pendant les premiers jours mais qui atteint un palier.


Certes le cerveau s'adapte à la restriction chronique du sommeil mais au détriment de ses performances. Dans le cas d'une restriction légère à modérée du sommeil, cette adaptation est suffisante pour stabiliser les performances, bien qu'à un niveau réduit. Après des semaines d'observation et de suivi, la réduction du sommeil entraîne une baisse durable des performances qui persistent pendant plusieurs jours après le rétablissement de la durée normale du sommeil.


Il y a donc bien une adaptation au déficit de sommeil mais en aucun cas en conservant un fonctionnement tout aussi bon. Un déficit de sommeil constant et/ou un décalage des rythmes circadiens ont des conséquences graves pour la santé.


Il s’agit donc bien d’un mythe.



"Les adultes dorment davantage en vieillissant"

Comme nous l’avions évoqué précédemment, la durée du sommeil varie au cours de la vie.


Les adultes âgés dorment moins que les jeunes adultes et la latence d’endormissement et la proportion des stades de sommeil 1 et 2 augmentent avec l’âge alors que diminue la part revenant au sommeil paradoxal.


L’efficacité du sommeil continue de diminuer après 60 ans.


La diminution de la durée de sommeil en avançant dans l’âge n’est peut-être pas due à un besoin moins important. Il se peut que l’apparition de comorbidités soient un facteur déterminant.


Il s’agit donc d’une information correcte.



"Si vous le pouvez, dormir plus est toujours mieux"

Plusieurs études statistiques ont établi un lien entre la durée du sommeil et la mortalité. Il a été observé une augmentation de la mortalité chez les personnes qui dorment plus de 8 heures et ce même chez des personnes en bonne santé à la première évaluation. La durée de sommeil associée à une mortalité moins élevée est 7 heures chez les adultes.


Au-delà de la corrélation statistique, aucune preuve expérimentale n’a été trouvée pour expliquer un potentiel lien direct entre le long sommeil et la mortalité. L’hypothèse privilégiée est donc celle de comorbidités chroniques.


Des cas particuliers justifient un sommeil de longue durée, comme les compensations de déprivation de sommeil ou bien les convalescences.


Alors que l’on a des preuves qu’un sommeil court engendre des risques pour la santé, il n’y a pas de consensus concernant le sommeil long.


Certaines études ont tout de même suggéré qu’une augmentation de la durée de sommeil au-delà de 8 heures rendait les participants plus alertes et plus performants.

En ce qui concerne l’insomnie, la réduction du temps passé au lit est l’un des traitements les plus efficaces.


Il s’agit donc d’un mythe.



"Une nuit blanche n’aura pas conséquences négatives durables sur la santé"

Une nuit de privation de sommeil a quelques effets négatifs à court terme qui se résolvent bien avec un rebond de sommeil, c’est-à-dire un sommeil de récupération.


Une privation d’au moins 24 heures, entraine une dégradation des performances cognitives comme l’attention simple mais sans conséquences à long terme.


Une privation prolongée entraine une augmentation de la mortalité cardiovasculaire ainsi qu’une augmentation de la pression artérielle au repos.


Il s’agit d’une information correcte.



« Peu importe l'heure à laquelle vous dormez, cela n’a aucune conséquence sur votre santé »

Lorsque des études s’intéressent aux travailleurs en horaires décalés, les symptômes aigus retrouvés et les plus gênants sont la difficulté à s'endormir, le sommeil raccourci et la somnolence pendant les heures de travail.


Certains de ces travaux ont mis en évidence un risque élevé de dépression après plusieurs années de travail de nuit et une méta-analyse incluant 5 études sur le sujet a évalué à 42% l’augmentation de ce risque.


Sur le plan physiologique, le travail en horaire décalé est aussi associé à l’apparition de diabète ou de cancer du sein par exemple.


Il s’agit donc bien d’un mythe et il est préférable de dormir la nuit à horaires réguliers.




SOURCES :


Sleep myths: an expert-led study to identify false beliefs about sleep that impinge upon population sleep health practices - Rebecca Robbins, Michael A. Grandner, Orfeu M. Buxton, Lauren Hale et al. Sleep Health, August 2019.

https://doi.org/10.1016/j.sleh.2019.02.002


National Sleep Foundation’s sleep time duration recommendations: methodology and results summary

https://doi.org/10.1016/j.sleh.2014.12.010


G. Belenky, N.J. Wesensten, D.R. Thorne, et al.

Patterns of performance degradation and restoration during sleep restriction and subsequent recovery: a sleep dose-response study

J Sleep Res, 12 (1) (2003), pp. 1-12, 10.1046/j.1365-2869.2003.00337.x


Maurice M. Ohayon, MD, DSc, PhD, Mary A. Carskadon, PhD, Christian Guilleminault, MD, Michael V. Vitiello, PhD, Meta-Analysis of Quantitative Sleep Parameters From Childhood to Old Age in Healthy Individuals: Developing Normative Sleep Values Across the Human Lifespan, Sleep, Volume 27, Issue 7, October 2004, Pages 1255–1273, https://doi.org/10.1093/sleep/27.7.1255


S.R. Patel, N.T. Ayas, M.R. Malhotra, et al. A prospective study of sleep duration and mortality risk in women Sleep, 27 (3) (2004)


A. Tamakoshi, Y. Ohno Self-reported sleep duration as a predictor of all-cause mortality: results from the JACC study, Japan SLEEP, 27 (1) (2004)


J.M. Mullington, M. Haack, M. Toth, J.M. Serrador, H.K. Meier-Ewert

Cardiovascular, inflammatory, and metabolic consequences of sleep deprivation

Prog Cardiovasc Dis, 51 (4) (2009)