Les Cauchemars

Avant d'entrer dans le vif du sujet, voici un test vous permettant de savoir si vous êtes très sensible, ce qui est un des facteurs principaux impliqués dans la survenue des cauchemars.




(Copyright, Elaine N. Aron, 1996)

Instructions :

Répondez à chaque question en fonction de vos sentiments personnels. Cochez la case si elle est au moins un peu vraie pour vous ; laissez la case non cochée si elle n'est pas très vraie ou pas vraie du tout pour vous.


- Je suis facilement submergé par de forts apports sensoriels.

- Je semble être conscient des subtilités de mon environnement.

- L'humeur des autres m'affecte.

- J'ai tendance à être très sensible à la douleur.

- J'ai besoin de me retirer pendant les journées chargées, dans mon lit ou dans une pièce sombre ou tout autre endroit où je peux avoir un peu d'intimité et être soulagé de la stimulation.

- Je suis particulièrement sensible aux effets de la caféine.

- Je suis facilement submergé par des choses comme des lumières vives, des odeurs fortes, des tissus grossiers ou des sirènes à proximité.

- J'ai une vie intérieure riche et complexe.

- Les bruits forts me rendent mal à l'aise.

- Je suis profondément ému par les arts ou la musique.

- Mon système nerveux est parfois si éprouvé que je dois m'isoler.

- Je suis consciencieux.

- Je sursaute facilement.

- Je sursaute quand j'ai beaucoup à faire en peu de temps.

- Lorsque les gens sont mal à l'aise dans un environnement physique, j'ai tendance à savoir ce qu'il faut faire pour le rendre plus confortable (comme changer l'éclairage ou les sièges).

- Je suis ennuyé lorsque les gens essaient de me faire faire trop de choses à la fois.

- Je m'efforce d'éviter de faire des erreurs ou d'oublier des choses.

- Je m'efforce d'éviter les films et les émissions de télévision violents.

- Je suis désagréablement excité quand il se passe beaucoup de choses autour de moi.

- Le fait d'avoir très faim crée une forte réaction en moi, perturbant ma concentration ou mon humeur.

- Les changements dans ma vie me secouent.

- Je remarque et j'apprécie les parfums délicats ou fins, les goûts, les sons, les œuvres d'art.

- Je trouve désagréable d'avoir beaucoup de choses à la fois.

- J'accorde une grande priorité à l'organisation de ma vie afin d'éviter les situations bouleversantes ou accablantes.

- Je suis dérangé par des stimuli intenses, comme des bruits forts ou des scènes chaotiques.

- Lorsque je dois participer à une compétition ou être observé pendant l'exécution d'une tâche, je deviens si nerveux ou tremblant que je fais bien pire que ce que je ferais autrement.

- Lorsque j'étais enfant, mes parents ou mes professeurs semblaient me considérer comme sensible ou timide.


Résultats :

Si vous avez répondu à plus de quatorze des questions comme étant vraies pour vous, vous êtes probablement très sensible. Mais aucun test psychologique n'est si précis qu'un individu doive s'en inspirer dans sa vie. Nous, les psychologues, essayons de mettre au point de bonnes questions, puis nous décidons du seuil à partir de la réponse moyenne.


Si moins de questions sont vraies à votre sujet, mais qu'elles sont extrêmement vraies, cela peut aussi justifier de vous qualifier de très sensible. De plus, bien qu'il y ait autant d'hommes que de femmes qui soient très sensibles, lors du test, les hommes très sensibles répondent à un nombre légèrement inférieur de questions vraies que les femmes très sensibles.


Les cauchemars : le modèle de la diathèse-stress et le Affect Network Dysfunction Model


Les cauchemars sont des rêves désagréables, angoissants ou effrayants qui se produisent généralement pendant le sommeil paradoxal. Ce sont des séquences de rêves cohérentes qui semblent réelles et deviennent de plus en plus dérangeantes au fur et à mesure qu'elles se déroulent.



Les émotions vécues pendant un cauchemar sont généralement l'anxiété, la peur ou la terreur, mais aussi souvent la colère, la rage, la gêne, le dégoût et d'autres sentiments négatifs.


Les cauchemars sont courants et pour environ 5 % de la population, les cauchemars fréquents deviennent un réel problème. Ils doivent être différenciés des terreurs nocturnes, des reviviscences post-traumatiques et des attaques de panique nocturnes.

Le modèle généralement utilisé pour comprendre les mécanismes de survenue d’un cauchemar et le modèle « diathèse-stress ». Le terme diathèse renvoie à une disposition, une prédisposition ou un tempérament.


Autrement dit, c’est l’idée que préexistent en chacun de nous des vulnérabilités. Le stress quant à lui, renvoie à un événement ou un ensemble d’événements qui vont venir perturber l’équilibre psychologique d’une personne. Ainsi, une personne développera ou non une pathologie en fonction de sa vulnérabilité et des situations de stress rencontrées. Par exemple, quelqu’un de vulnérable à la dépression mais qui ne rencontre pas d’événements stressants ne fera pas de dépression.


Avec ce modèle, la survenue d’un cauchemar peut être interprétée comme le croisement d’une vulnérabilité et d’une situation de stress. En 2019, une étude publiée dans Sleep Science a révélé qu’un trait de personnalité (prédisposition/vulnérabilité), la réactivité émotionnelle accrue, était associée à une plus grande fréquence des cauchemars ainsi qu’une plus grande détresse vécue.


Un modèle plus spécifique aux cauchemars a été proposé par Levin et Nielsen en 2007 nommé Affect Network Dysfunction Model (Modèle du dysfonctionnement du réseau d’affects) :

Les cauchemars seraient le résultat d’un défaut de régulation des émotions négatives cumulées durant la journée (charge émotionnelle), associé à une tendance à éprouver une détresse émotionnelle en lien avec des stimuli émotionnels négatifs (détresse émotionnelle). Cela entrainerait un dysfonctionnement des réseaux neuronaux responsables de la régulation émotionnelle pendant le rêve.



Un autre modèle de personnalité : la Sensibilité Différentielle


Nous avons vu un modèle explicatif des cauchemars, à savoir celui de la diathèse-stress qui est très répandu en psychopathologie afin de déterminer les risques qu’une personne a de développer telle ou telle maladie mentale.


Pour résumer, il s’agit de comprendre la survenue des cauchemars comme une prédisposition qui rencontre un élément de stress. Par exemple, quelqu’un avec une forte réactivité émotionnelle aura tendance à faire des cauchemars si elle est soumise à des stimuli stressants.

En 2017, Carr et Nielsen, deux chercheurs travaillant sur le sommeil et les cauchemars, ont proposé un autre modèle, celui de la « Sensibililté Différentielle ». Ce qui les a conduits à cette idée c’est que les personnes qui sont plus susceptibles de faire des cauchemars sont aussi sensibles à un large éventail d'expériences sensorielles et émotionnelles, et font état d'expériences de rêve et de rêverie vives, bizarres et même intensément positives. Il ne s’agirait donc pas d’une vulnérabilité comme dans le modèle précédemment énoncé mais plutôt d’un trait qui peut à la fois être une faiblesse et un atout selon le contexte.


Le trait qui est un des principaux facteurs contribuant à l’apparition de cauchemars est la « Sensibilité au Traitement Sensoriel ». Les personnes qui ont ce trait de personnalité présentent une plus grande réactivité aux stimuli internes et externes, une plus grande profondeur de traitement cognitif et émotionnel et une conscience fine des stimuli environnementaux.

Ainsi, l’on sort définitivement de la vulnérabilité pour passer à un trait qui peut avoir des conséquences négatives dans des conditions défavorables ou bien des résultats bénéfiques dans des conditions positives. Les personnes ayant cette sensibilité du traitement sensoriel élevée ont plus d’épanouissement dans des environnements positifs. En termes de stratégies face au risque, ce sont des personnes plus prudentes et hésitantes.



Cauchemars : quelles solutions pour les personnes sensibles ?


Une étude publiée en septembre 2020 dans la revue Journal of Sleep Science tend à confirmer le modèle de la Sensibilité Différentielle comme explication de l’origine des cauchemars mais également comme piste pour leur dépassement.


En 2010, Elaine Aron, psychologue américaine, expliquait dans son ouvrage « Psychotherapy and the Highly Sensitive Person », que ce trait de Sensibilité au Traitement Sensoriel (STS) est un trait « pour le meilleur ou pour le pire ». Ce sont des personnes généralement consciencieuses, témoignant d’une grande empathie et d’une grande conscience des autres ainsi que d’une meilleure réponse par rapport à leurs propres émotions.


Sur un plan thérapeutique, il serait donc important pour les personnes ayant une Sensibilité au Traitement Sensoriel élevée de travailler à la création d’un environnement optimal par le développement de bonnes relations et l’atténuation de stimulations stressantes et négatives.


Selon une étude de 2015, il semblerait que les personnes ayant un STS élevé soient plus sensibles que les autres aux interventions basées sur la psychologie positive, la méditation ou bien encore le rêve lucide.


En résumé, si vous souffrez de cauchemars fréquents et que vous souhaitez vous les surmonter, n’hésitez pas à :

- Entamer une psychothérapie

- Ajouter à cela un travail de méditation et/ou de rêves lucides

- Adapter autant que possible votre environnement afin de ne pas aboutir à un état de stress durable.



SOURCES :


https://doi.org/10.1111/jsr.13200

https://doi.org/10.1016/j.cpr.2017.10.002

https://books.google.fr/books?id=nlqSAgAAQBAJ&lpg=PP1&ots=mAf4_x_Pk3&lr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false

https://doi.org/10.1016/j.paid.2015.03.011

https://doi.org/10.1177/0956797613485603

1360 avenue de la Justice de Castelnau, 34090 Montpellier

  • Blanc Facebook Icône
  • Psy sur Twitter