Instagram et l'image du corps

Dernière mise à jour : mai 7

Lors d’un précédent article, nous avions déjà parlé de l’effet des selfies et des réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram sur l’image du corps. Ce qui ressortait d’une étude parue dans la revue Body Image était que le recours aux selfies, via les réseaux sociaux et les logiciels d’édition, avait des conséquences négatives, lentes, mais réelles, sur l’image de soi, l’humeur et les comportements alimentaires. (Les Selfies et l'image de soi)


En juillet 2019 Instagram a supprimé la possibilité pour les utilisateurs de voir le nombre de "likes" des posts d'autres personnes dans plusieurs pays et le PDG d'Instagram, Adam Mosseri, a déclaré que l'objectif était de "déplacer l'attention du nombre de likes obtenus par un post vers le contenu partagé". Un objectif secondaire était d’alléger la pression des utilisateurs par rapport au nombre de likes obtenus sur leurs publications.

Dans cet article, nous allons revenir sur ce qu’est l’image du corps et sur ce qui l’influence. Nous verrons comment les réseaux sociaux influent sur l’insatisfaction corporelle et finalement, si cette suppression de la vue des likes par Instagram a eu des effets.


Sommaire :


L'image du corps

Les influences socioculturelles

Les facteurs individuels

Pourquoi les femmes?

L’impact du temps passé sur les réseaux sociaux

Les risques de la comparaison

Thinspiration et Fitspiration

Du côté des troubles du comportement alimentaire

Instagram vs. Réalité

A la recherche des « like »

Les « like » et l’insatisfaction corporelle

La suppression des likes sur Instagram


Légende :


- En bleu et gras : les informations importantes et les définitions.

- En gras/italique et noir : des questions pour vous faire penser.



L’image du corps


Avez-vous remarqué à quel point ce que vous pensez de votre apparence n'est pas en accord avec ce que votre entourage en pense ?

L'image du corps est un concept multidimensionnel qui englobe les perceptions, les attitudes, les croyances, les sentiments et les comportements concernant sa propre apparence. Cette représentation est très sensible aux différentes informations auxquelles nous sommes confrontées comme nos références culturelles par exemple. Ainsi, l’image de notre propre corps peut fortement varier dans le temps et s’éloigner d’une représentation réaliste.


Une différence importante entre le corps perçu et le corps idéal va provoquer ce que l’on appelle l’insatisfaction corporelle. Ce ressenti peut être léger et supportable mais peut également tendre vers une aversion intense pour l’ensemble de son propre corps.

Quelle est pour vous l'image d'un corps idéal ? Et comment avez-vous construit cette image ?


Dans nos cultures occidentales, l’apparence physique occupe une place de premier plan et la confrontation à des pressions socioculturelles est quotidienne. Cette pression existe depuis de nombreuses années pour les femmes et prend de plus en plus de place auprès des hommes au cours des 2 dernières décennies. Ces messages créent des normes idéales inatteignables pour la plupart des personnes. L’insatisfaction corporelle est donc l’une des souffrances mentales les plus répandues dans nos sociétés.

Votre idéal est-il atteignable ? Pour vous ?



Aux États-Unis, environ 80% des femmes se déclarent insatisfaites de leur apparence physique. Environ 70% des femmes et adolescentes souhaitent avoir un corps plus mince et près de 60% se sont engagées dans des démarches dans ce sens. Certaines enquêtes suggèrent que 40% à 50% des jeunes filles de 5 ans manifestent déjà une volonté de perdre du poids.

Comment jugez-vous l'importance accordée à l'apparence dans nos sociétés ?


Chez les hommes, l’insatisfaction corporelle est plus discrète et se manifeste autant sur la musculature que sur le poids. Jusqu’à 47% des adolescents ont essayé de prendre de la masse musculaire et jusqu’à 48% ont essayé de perdre du poids.



Les influences socioculturelles


Le modèle d’influence tripartite a été proposé par Thompson en 1999 et conceptualise l’influence des médias, des pairs et de la famille sur l’insatisfaction corporelle selon 2 mécanismes :


- L’internalisation des idéaux d’apparence : l’importance et la pertinence qu’une personne accorde aux idéaux culturels de beauté.


- La comparaison sociale : processus de comparaison de son propre corps avec celui d’autres personnes afin d’en évaluer l’attractivité physique.


Plus une personne internalise les idéaux d’apparence et plus elle se compare aux autres, plus elle aura tendance à ressentir de l’insatisfaction corporelle.

Quelle importance accordez-vous aux idéaux culturels de beauté ? Avez-vous tendance à comparer votre apparence à celle des autres ?



L’exposition directe aux médias, mais aussi indirecte, via les pairs et la famille, constitue un risque d’augmentation de l’insatisfaction corporelle tant les corps minces et musclés sont sur-représentés. Les discussions avec l’entourage sur l’apparence physique et les idéaux sont très communes dans nos sociétés. Ces discours créent un environnement social où l’apparence est très valorisée renforçant ainsi la tendance à la comparaison.

L'apparence est-elle un sujet important de discussions avec votre entourage ?


Les parents ont également une grande responsabilité dans le rapport que leurs enfants entretiennent avec leur image corporelle. Des recherches montrent que l’insatisfaction corporelle et les comportements de régimes des mères sont liés à l’insatisfaction corporelle de leurs enfants. Les commentaires des parents sur l’apparence physique ou le poids de leurs enfants augmente également l’insatisfaction corporelle et est lié à l’apparition de troubles du comportement alimentaire.

Commentez-vous l'apparence de vos enfants ?



Les facteurs individuels


Le facteur individuel qui prédit le mieux l’insatisfaction corporelle est l’Indice de Masse Corporelle (IMC). Plus une personne est en surpoids, plus elle aura tendance à avoir une mauvaise image d’elle-même. Ce facteur semble relativement indépendant de la culture dans laquelle la personne évolue.

L’estime de soi est fortement liée à l’insatisfaction corporelle et ce, tout au long de la vie, bien que l’adolescence constitue une période charnière. L’apparence physique représente une grande partie de l’image de soi.

Quelle place accordez-vous à votre apparence dans l'estime que vous avez de vous-même ? Quelles sont les autres dimensions qui constituent l'estime de vous ?


Le perfectionnisme est un trait de personnalité souvent associé aux troubles alimentaires et en particulier dans l’anorexie. Il est également associé à l’insatisfaction corporelle étant donné qu’il se caractérise par des attentes rigides, motivées par des exigences personnelles très élevées et des auto-appréciassions très sévères. Comme souvent, un même trait peut conduire à un comportement structurant ou bien à une désorganisation. Ainsi, le perfectionnisme dit « adaptatif », renvoie à des normes de réussite élevées mais n’est que peu associé à de la détresse psychologique. A l’inverse, le perfectionnisme dit « inadapté », renvoie à des renforcements négatifs et des comportements autodestructeurs. Malgré tout, les deux formes de perfectionnisme restent associées à l’insatisfaction corporelle.

Etes-vous perfectionniste ?



Pourquoi les femmes ?


Les femmes passent globalement plus de temps sur les réseaux sociaux que les hommes. Et selon une enquête menée en Australie en 2018, cette différence est de 2 heures de plus par semaine, et quand on s’attarde sur la tranche d’âge 14-24 ans, la différence est proche des 5 heures de plus d’utilisation par semaine. Les femmes sont donc plus susceptibles de voir leur santé mentale troublée par l’utilisation des réseaux sociaux.



L’impact du temps passé