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Les chemins de la désinformation


Une grande bibliothèque antique aux étagères vertigineuses qui s'étendent jusqu'à un plafond voûté et obscur. Les étagères sont remplies de livres anciens, avec certains rayons qui émettent une lumière douce et d'autres plongés dans l'ombre. Au loin, une silhouette solitaire se tient debout, éclairée par une lampe de bureau, parcourant un livre avec attention

Imaginez-vous déambulant dans une bibliothèque immense, chaque étagère regorgeant d'histoires, de faits et de récits. Mais cette bibliothèque est spéciale : parmi les informations crédibles, des faits déformés et des histoires inventées se cachent dans les recoins sombres. Chaque pas que vous faites, chaque livre que vous prenez, est une décision consciente ou inconsciente d'accorder ou non du crédit à une information.


Au cœur de cette bibliothèque, deux forces sont à l'œuvre. D'un côté, il y a la "Crédibilité", cette étoile polaire qui guide les chercheurs vers des informations fiables et factuelles. Elle est rationnelle, s'appuie sur des preuves et est toujours prête à se remettre en question à la lumière de nouvelles découvertes. De l'autre, le "Partisan", ce murmure dans l'ombre qui vous attire vers des étagères familières, renforçant ce que vous pensez déjà savoir. Il a ses préférences, ses affiliations, et il est rarement prêt à les remettre en question.


Dans cette histoire, nous explorerons comment ces deux forces façonnent notre manière de consommer et de partager l'information dans un monde numérique. À partir de recherches scientifiques récentes, nous découvrirons comment la Crédibilité et le Biais Partisan influencent notre perception et notre diffusion de l'information, et comment cela peut nous rendre vulnérables à la désinformation. Alors, attachez vos ceintures pour un voyage passionnant à la croisée des informations.



Crédibilité et Biais Partisan expliqués


Lorsqu'il s'agit de traiter l'information, deux concepts clés entrent en jeu : la sensibilité à l'information crédible et le biais partisan. Mais que signifient-ils vraiment ?


La sensibilité à l'information crédible fait référence à notre capacité à discerner les informations fiables des informations non fiables. C'est un peu comme avoir un détecteur interne qui sonne une alarme lorsque nous tombons sur des informations douteuses. Cette sensibilité augmente lorsque nous prenons le temps de réfléchir de manière cognitive à l'information que nous consommons. Cependant, cette sensibilité n'est pas infaillible et peut parfois être éclipsée par d'autres forces.


Le biais partisan, en revanche, est cette force qui peut parfois obscurcir notre jugement. Il s'agit d'un biais cognitif qui se réfère à notre tendance à accepter plus facilement les informations qui correspondent à nos croyances ou affiliations idéologiques, même si elles ne sont pas nécessairement crédibles. C'est comme si nous avions des lunettes teintées qui coloraient la façon dont nous voyons le monde. Ce biais est renforcé par notre confiance subjective dans l'information. Et il s'avère que ce biais partisan est un prédicteur plus fort de notre susceptibilité à la désinformation que notre sensibilité à l'information crédible.


Une silhouette humaine transparente avec un cerveau lumineux visible. À l'intérieur du cerveau, une petite cloche avec une étiquette "détecteur" sonne une alarme, entourée de symboles de vrais et faux (✅ et ❌) flottant autour.

Pour donner une image : imaginez que la sensibilité à l'information crédible est comme un gardien à l'entrée de notre esprit, vérifiant chaque information avant de la laisser entrer. Le biais partisan, quant à lui, est comme un ami influent qui essaie parfois de faire entrer des informations sans les faire vérifier par le gardien.


Une étude menée par Pennycook et al. (2023) a examiné ces concepts en détail. Elle a révélé que, bien que nous soyons capables de distinguer les informations crédibles des non crédibles dans une large mesure, nos décisions de partager ces informations ne sont pas nécessairement basées sur leur crédibilité. Au contraire, elles sont souvent influencées par nos biais partisans.



Plongée dans les expériences


La méthodologie d'une étude est la pierre angulaire de toute recherche solide. Elle détaille comment les chercheurs s'y prennent pour tester leurs hypothèses et répondre à leurs questions. Dans cette section, nous décortiquerons les trois expériences de notre étude.


Expérience 1 : Jugements de véracité vs Décisions de partage



Contexte : Alors que nous pourrions penser que les gens partagent des informations en ligne en se basant sur leur véracité, la réalité est souvent plus complexe. Cette expérience vise à comparer comment les gens évaluent la vérité d'une information et leur décision de la partager.

Méthode : Des citoyens se déclarant Républicains ou Démocrates ont été exposés à des titres d'actualités, certains vrais, d'autres faux. Ces titres étaient soit en faveur des Républicains, soit des Démocrates. Les participants devaient soit évaluer la véracité de l'information, soit décider s'ils la partageraient en ligne.


Expérience 2 : La puissance de la réflexion cognitive


Un ciel nocturne étoilé avec l'étoile polaire brillante et dominante au centre. À sa droite, une silhouette sombre et vaporeuse (le Murmure) semble susurrer des mots, représentés par des lignes floues s'échappant de sa bouche vers l'étoile.

Contexte : Est-ce que prendre le temps de réfléchir influence la manière dont nous évaluons et partageons les informations ? Cette expérience s'intéresse à l'impact de la réflexion cognitive sur notre discernement de la vérité.

Méthode : Comme dans l'Expérience 1, des titres d'actualités étaient présentés aux participants. Cependant, certains étaient poussés à répondre rapidement, tandis que d'autres étaient encouragés à prendre leur temps et à réfléchir profondément avant de répondre.


Expérience 3 : Comprendre le biais partisan


Contexte : Le biais partisan, la tendance à favoriser l'information qui soutient nos croyances politiques, est un phénomène bien connu. Mais qu'est-ce qui le motive ? Cette expérience tente de répondre à cette question.

Méthode : Les participants ont été confrontés à des titres d'actualités vrais ou faux. Avant cela, ils ont été soumis à une tâche soit d'auto-affirmation, soit de menace de l'ego. L'idée était de voir si le renforcement ou la menace de l'estime de soi influençait le biais partisan.


Ces trois expériences, bien que distinctes dans leur conception, visaient un objectif commun : comprendre les mécanismes sous-jacents qui influencent comment et pourquoi nous évaluons et partageons les informations dans un monde numérique. En combinant les résultats, nous espérons obtenir une image complète de la dynamique de l'information à l'ère des médias sociaux.



L'univers des faits et des biais !


L'une des parties les plus fascinantes d'une étude est de voir comment les chiffres nous parlent. Ces chiffres peuvent parfois nous surprendre, nous éclairer ou même nous dérouter. Alors, que nous disent les données de cette étude ?


1. La sensibilité à la vérité : Un regard clairvoyant... parfois

Lorsqu'on a demandé aux participants si une information était vraie ou fausse, ils ont montré une capacité remarquable à distinguer les faits de la fiction. En effet, lors de leur évaluation, ils ont eu une bien meilleure précision pour les jugements de véracité que pour les décisions de partage.


2. Le biais partisan : Nos croyances peuvent nous tromper

Il s'avère que nos croyances peuvent jeter un voile sur notre jugement. L'étude a montré que les participants étaient plus enclins à accepter des titres qui étaient en accord avec leurs convictions personnelles. Par exemple, 76,9% des participants se percevaient comme étant au-dessus de la moyenne pour reconnaître les fausses informations. Cependant, malgré cette confiance, ils ont montré un biais en faveur des titres qui étaient congruents avec leur idéologie.


3. La puissance de la réflexion : Prendre le temps de penser

Lorsqu'on a encouragé les participants à réfléchir davantage, ceux dans la condition de haute réflexion ont pris en moyenne 835,28 secondes pour terminer l'étude, contre 584,15 secondes pour ceux dans la condition de faible réflexion. Cela montre que prendre le temps de penser peut avoir un impact sur la manière dont nous traitons l'information.

4. Comment nous nous percevons : L'impact de l'auto-affirmation


Curieusement, lorsque les participants étaient encouragés à avoir une image positive d'eux-mêmes, leur perception de leur capacité à identifier les fausses informations était liée à leur performance réelle, mais uniquement pour les jugements de véracité. Pour les décisions de partage, il n'y avait pas de corrélation significative.


Ces résultats nous montrent que, bien que nous puissions être bons pour discerner la vérité, nos croyances et nos convictions peuvent souvent influencer notre décision de partager ou non une information. Cela souligne l'importance de prendre le temps de réfléchir avant de partager des informations, surtout à l'ère des réseaux sociaux où la désinformation peut se propager rapidement. Il est également crucial de reconnaître nos propres biais et de s'efforcer de les surmonter pour prendre des décisions éclairées.


Ces résultats sont cohérents avec d'autres études, comme celle de Pennycook et al. (2023) et Fan et al. (2022), qui ont également souligné la prévalence du biais partisan et la sensibilité à la vérité dans notre traitement de l'information. En fin de compte, la clé est de développer une pensée critique, de reconnaître nos biais et d'adopter une approche réfléchie et équilibrée face à l'information.



Questionnaire : Vérité ou Fiction ? Testez vos préjugés !


Ce questionnaire est conçu pour vous défier et évaluer votre capacité à distinguer entre des mythes populaires et des faits étonnants mais vrais. Certaines de ces affirmations pourraient vous surprendre ! Prêt à être chamboulé ?

  1. Nous utilisons seulement 10 % de notre cerveau. a) Vrai b) Faux

  2. Il est possible de voir la Grande Muraille de Chine depuis la Lune à l'œil nu. a) Vrai b) Faux

  3. Le père de la reine Elizabeth II, le roi George VI, est devenu roi parce que son frère a abdiqué pour épouser une Américaine divorcée. a) Vrai b) Faux

  4. Le sucre provoque l'hyperactivité chez les enfants. a) Vrai b) Faux

  5. Il y a plus d'arbres sur Terre que d'étoiles dans notre galaxie, la Voie lactée. a) Vrai b) Faux

  6. Les poissons rouges ont une mémoire de seulement 3 secondes. a) Vrai b) Faux

  7. Il existe un animal capable de résister à la radiation extrême, au vide spatial, et aux températures extrêmes : le tardigrade ou "ours d'eau". a) Vrai b) Faux

  8. Si vous touchez un bébé oiseau, sa mère l'abandonnera à cause de l'odeur humaine. a) Vrai b) Faux

  9. Les humains et les girafes ont le même nombre de vertèbres cervicales (dans le cou). a) Vrai b) Faux

  10. Il est possible de voir un arc-en-ciel la nuit. a) Vrai b) Faux


Réponses :

  1. b) Faux - C'est un mythe populaire. Les études d'imagerie cérébrale montrent que pratiquement toutes les parties du cerveau ont une fonction connue.

  2. b) Faux - Bien que cela soit souvent répété, ce n'est pas vrai. C'est un mythe.

  3. a) Vrai - Le roi Édouard VIII a abdiqué le trône pour épouser Wallis Simpson.

  4. b) Faux - De nombreuses études ont montré que le sucre ne provoque pas d'hyperactivité chez les enfants.

  5. a) Vrai - Il y a plus de 3 000 milliards d'arbres sur Terre, tandis que notre galaxie a environ 100 à 400 milliards d'étoiles.

  6. b) Faux - Les poissons rouges ont une mémoire qui peut durer des mois.

  7. a) Vrai - Les tardigrades sont des micro-animaux connus pour leur résilience extrême.

  8. b) Faux - La plupart des oiseaux ont un sens de l'odorat limité et ne rejetteraient pas leurs bébés.

  9. a) Vrai - Les humains et les girafes ont tous deux 7 vertèbres cervicales.

  10. a) Vrai - Ils sont appelés arcs-en-ciel lunaires ou arcs-en-ciel de lune.


Ce questionnaire a-t-il défait quelques-unes de vos croyances ? L'information est partout, mais il est crucial de remettre en question ce que nous croyons savoir et de chercher la vérité, même si elle semble contre-intuitive.



Conclusion

Une horloge à l'ancienne divisée en deux. La moitié gauche montre un cerveau en pleine réflexion, entouré de petites ampoules allumées (idées). La moitié droite montre un cerveau avec des éclairs rapides (réactions impulsives) zippant en dehors de lui.

La recherche actuelle s'est concentrée sur la sensibilité à la vérité et le biais partisan face à la (més)information politique. Basée sur le cadre de la Théorie de la Détection du Signal (SDT), nous avons défini la sensibilité à la vérité comme la capacité à discerner correctement entre l'information vraie et fausse, et le biais partisan comme une propension à accepter plus facilement des informations congruentes avec l'idéologie personnelle.


À travers quatre expériences pré-enregistrées, nous avons découvert que la sensibilité à la vérité était plus grande lors de jugements de véracité que lors de décisions de partage. Surprenamment, la vérité réelle de l'information n'avait pas d'impact significatif sur la décision de partager en ligne, indiquant que bien que les participants puissent distinguer entre les informations vraies et fausses, cette vérité n'était pas cruciale pour leur décision de partager.


Cette conclusion s'aligne avec des recherches précédentes suggérant que les individus accordent souvent peu d'attention à la véracité lorsqu'ils partagent des informations en ligne. Intéressant à noter, malgré la prudence des participants dans leurs décisions de partage, cette prudence n'améliorait pas la qualité de l'information partagée en termes de véracité.


De manière plus préoccupante, dans toutes les études, les participants ont montré un seuil d'acceptation nettement plus bas pour l'information congruente avec leur idéologie que pour celle qui est incongruente, révélant un biais partisan manifeste.


Conséquemment, ces résultats suggèrent que la sensibilité à la vérité est plus grande pour les jugements de véracité que pour les décisions de partage. De plus, le seuil d'acceptation est plus élevé pour les décisions de partage que pour les jugements de véracité, et le biais partisan est fortement prononcé dans les deux cas.


Nos découvertes indiquent également que, bien que la réflexion cognitive augmente la sensibilité à la vérité dans les jugements de véracité, elle ne réduit pas le biais partisan. Cela soulève des questions sur l'indépendance de la sensibilité à la vérité et du biais partisan.


En termes d'implications pratiques, nos résultats soutiennent l'idée que les rappels de vérité peuvent être un moyen efficace d'accroître la sensibilité à la vérité dans les décisions de partage. Plus largement, ces résultats suggèrent que le biais partisan joue un rôle central dans la susceptibilité à la désinformation, un rôle plus important que la sensibilité à la vérité.


En conclusion, tout en apportant des éclaircissements importants sur la manière dont les individus traitent l'information politique, notre recherche soulève des questions pressantes pour la démocratie. L'omniprésence du biais partisan dans le traitement de l'information suggère que, pour combattre la désinformation, il est crucial de comprendre non seulement comment les gens discernent la vérité, mais aussi comment leurs identités politiques influencent leur acceptation de l'information.




SOURCE :

Gawronski, B., Ng, N. L., & Luke, D. M. (2023). Truth sensitivity and partisan bias in responses to misinformation. Journal of Experimental Psychology: General, 152(8), 2205–2236. https://doi.org/10.1037/xge0001381

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