Plus forts ensemble ?

Alors que la question de l’effort collectif est plus que jamais au cœur de l’actualité, voici un rapide tour d’horizon de ce que l’on peut en dire en psychologie au travers d’une méta-analyse parue dans la revue Psychological Bulletin cette année 2021.



Le Social Loafing


C’est un phénomène largement observé (méta-analyse de 78 études en 1993) selon lequel une personne a tendance à déployer moins d'efforts pour atteindre un objectif lorsqu'elle travaille en groupe que lorsqu'elle travaille seule.


Les premières recherches comparaient les efforts fournis par les individus au tirage de corde seuls ou en groupe. Les membres d’un groupe ont tendance à fournir moins d’effort qu’un individu seul.



Le modèle de l’effort collectif (de Karau et Williams, 1993)


Ce modèle propose que le fait de travailler sur des tâches dans le cadre d'un groupe tend à affaiblir la motivation individuelle. Deux explications sont alors proposées par les auteurs :


- La diminution de l'espérance de l'individu sur le fait que ses actions peuvent mener à la réalisation des objectifs et

- La réduction de la valeur subjective de ces objectifs pour l'individu.


C’est l’un des modèles sur lequel les auteurs de l’étude citée dans cet article se sont appuyés.



Voici quelques explications à ce phénomène.



L’effet « pigeon »


Constatation selon laquelle certains individus réduisent leur effort individuel lorsqu'ils travaillent à une tâche de groupe par crainte de devenir, ou d'être perçus comme, un "pigeon", c'est-à-dire une personne qui contribue davantage au groupe que les autres mais qui reçoit la même récompense.


Dans le contexte actuel, se faire vacciner parmi les premiers pouvaient représenter un effort risqué fasse à la majorité qui ne l’était pas encore. Maintenant que plus de 50% de la population est vaccinée, l’effet peut s’inverser.



Diffusion des responsabilités


La diffusion de la responsabilité se produit lorsque les personnes qui doivent prendre une décision attendent que quelqu'un d'autre agisse à leur place. Plus le nombre de personnes impliquées est élevé, plus il est probable que chaque personne ne fasse rien, croyant que quelqu'un d'autre du groupe va probablement réagir.



Les psychologues John Darley et Bibb Latané ont mis en place une expérience où un appel de détresse faisait croire qu'une personne à proximité avait été blessée. Lorsque les sujets ont entendu le cri, et qu'ils pensaient être les seuls à l'avoir entendu, 85 % d'entre eux ont aidé. Mais si les sujets pensaient qu'une autre personne avait également entendu l'appel, seuls 62 % ont aidé. Et si les sujets pensaient que quatre autres personnes avaient également entendu l'appel à l'aide, 31 % seulement ont agi.


Ainsi, de cette manière, la diffusion des responsabilités nous empêche de prêter attention à notre propre conscience.


Avec les informations concernant le taux de vaccination nécessaire pour atteindre l’immunité collective, certains d’entre nous ont peut-être décidé de laisser les autres s’occuper d’atteindre ce taux.



Attribution et équité


Si quelqu'un a l'impression que les autres membres du groupe se relâchent ou que les autres vont traîner, il réduira son effort pour s'aligner sur celui des autres. Cela peut se produire s'il est apparent que les autres se relâchent ou si quelqu'un croit simplement que le groupe se relâche.



L'inutilité de l'effort


Les individus travaillent moins en tant que membres d'un groupe que seuls parce qu'ils considèrent que leurs efforts sont inutiles pour l'accomplissement de la tâche du groupe. C’est le sentiment qu'à mesure que l'unité de performance s'agrandit, leur contribution devient moins nécessaire pour accomplir le travail.



De même, plus le taux de vaccination augmente, moins l’utilité individuelle de se faire vacciner au nom de la collectivité est perçue. Le pass-sanitaire a au moins le mérite de relancer la motivation individuelle.



Ensemble, chacun accomplit plus - ou moins ?


Dans cette méta-analyse récemment publiée, les auteurs ont inclus 662 études représentant plus de 300 000 individus. Ces études comprenaient les deux versants de la question de l’effort collectif à savoir la perte mais aussi le gain.


Les auteurs ont conclu que le travail collectif n’est ni motivant ni démotivant en soi. C’est la façon dont le travail en équipe est conçu qui va déterminer si les individus font plus ou moins d’effort par rapport à un effort individuel.


Les modérateurs qui vont faire varier cet effort collectif sont : la contribution propre à la performance de l'équipe, le potentiel de comparaison sociale et le potentiel d'évaluation.


Les auteurs ont également remarqué que les personnes qui déclaraient fournir plus d’effort en équipe fournissaient réellement plus d’effort. A l’inverse, certaines personnes déclaraient ne pas avoir fait moins d’effort alors qu’elles en avaient réellement fait moins.


Dernière conclusion : les pertes d’effort étaient moins importantes dans les études menées sur le terrain que dans celles menées en laboratoire.




SOURCES :

Social loafing: A meta-analytic review and theoretical integration. S. Karau, K. Williams, 1993

Together, everyone achieves more—or, less? An interdisciplinary meta-analysis on effort gains and losses in teams. Ann-Kathrin Torka, Jens Mazei, Joachim Hüffmeier, 2021

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