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Peut-on attirer le stress ?

La spirale infernale de John


John a toujours été un travailleur acharné. Enfant, il était le premier à lever la main en classe et le dernier à quitter la bibliothèque. À l'âge adulte, il s'est frayé un chemin jusqu'au sommet de son entreprise, sacrifiant souvent le sommeil, la détente et les loisirs pour le travail. Mais ce dévouement a eu un coût. John a commencé à remarquer qu'il était constamment fatigué, anxieux et déprimé. Il avait du mal à dormir, ne trouvait plus de joie dans les activités qu'il aimait autrefois et avait même commencé à avoir des problèmes de santé.


Pendant longtemps, John a pensé que tout cela était simplement le prix à payer pour le succès. Il a ignoré les signes d'alerte de son corps et a continué à travailler dur, pensant qu'il finirait par retrouver son énergie et sa joie de vivre. Mais cela n'est jamais arrivé. Au lieu de cela, les symptômes de John ont empiré, jusqu'à ce qu'il soit finalement forcé d'admettre qu'il souffrait de troubles psychologiques.


L'histoire de John n'est pas unique. En fait, elle est étonnamment courante dans notre société axée sur la performance. Et une nouvelle étude pourrait aider à expliquer pourquoi. Cette recherche suggère que le stress chronique, comme celui que John a subi, peut non seulement exacerber les troubles psychologiques existants, mais aussi en générer de nouveaux.


Dans cet article, nous allons explorer cette étude en détail, examiner ses conclusions et voir ce qu'elles pourraient signifier pour des personnes comme John. Mais d'abord, il est important de comprendre ce qu'est le "stress généré" et comment il peut affecter notre santé mentale.



Comprendre la théorie de la génération de stress


Pour comprendre l'étude, nous devons d'abord nous familiariser avec quelques termes et idées. L'un des concepts clés est la "théorie de la génération de stress". Selon cette théorie, les personnes souffrant de troubles psychologiques ont tendance à créer, ou à "générer", des situations stressantes dans leur vie. Par exemple, une personne souffrant de dépression peut avoir du mal à maintenir des relations positives, ce qui peut conduire à des conflits interpersonnels et à d'autres sources de stress.


L'étude distingue deux types de stress : le stress dépendant et le stress indépendant. Le stress dépendant est celui qui est directement lié à nos actions et à notre comportement. Par exemple, si John se dispute constamment avec ses collègues à cause de son humeur irritable, c'est un stress dépendant. D'un autre côté, le stress indépendant est celui qui n'est pas directement lié à nos actions, comme un tremblement de terre ou la mort d'un proche.


La théorie de la génération de stress suggère que les personnes souffrant de troubles psychologiques sont plus susceptibles de générer du stress dépendant. C'est ce que l'étude a cherché à confirmer.


Cependant, l'étude a également exploré une autre idée intéressante : les personnes souffrant de troubles psychologiques pourraient également être plus susceptibles de rencontrer des situations de stress indépendant. Cela peut sembler contre-intuitif, car on pourrait penser que le stress indépendant, étant "indépendant", n'est pas influencé par notre comportement ou notre état mental. Mais l'étude a révélé que ce n'est pas si simple.


Dans la prochaine section, nous expliquerons comment l'étude a été menée et comment les chercheurs ont pu arriver à ces conclusions.



Comment la science décrypte le stress


Pour découvrir les liens entre les troubles psychopathologiques, le stress dépendant et le stress indépendant, les chercheurs ont mené une analyse métanalytique. Ce type d'étude rassemble les résultats de nombreuses recherches précédentes sur un même sujet, ce qui permet d'obtenir une vision plus large et plus précise des tendances observées.


Les chercheurs ont passé en revue des centaines d'études, toutes menées entre 1987 et 2021. Ces études ont été sélectionnées selon des critères précis : elles devaient toutes avoir un design longitudinal prospectif (c'est-à-dire suivre les mêmes participants sur une période de temps), déterminer la dépendance du stress par les chercheurs eux-mêmes (pour distinguer le stress dépendant et indépendant), et évaluer des stress épisodiques (c'est-à-dire des événements de stress spécifiques plutôt que le stress général).


Une fois les études sélectionnées, les chercheurs ont analysé les données en utilisant une technique statistique complexe appelée "modélisation à effets mixtes à trois niveaux". Cette technique leur a permis d'inclure plusieurs tailles d'effet de chaque étude tout en assurant des estimations de paramètres non biaisées.


En résumé, cette étude est le résultat d'une analyse approfondie et rigoureuse de plusieurs décennies de recherche sur le stress et les troubles psychopathologiques. Les chercheurs ont veillé à sélectionner des études de qualité et à analyser les données de manière précise et minutieuse.



Les chiffres sur le stress et la psychopathologie


L'étude scientifique que nous avons explorée donne des résultats numériques qui révèlent une image fascinante de la relation entre le stress et la psychopathologie. Les personnes atteintes de troubles psychologiques sont plus susceptibles d'être exposées à des situations stressantes - et pas seulement n'importe quel type de stress, mais le stress qu'elles ont elles-mêmes généré, appelé stress "dépendant".


Lorsque nous parlons de troubles internes, tels que la dépression et l'anxiété, les chiffres sont particulièrement frappants. Ces individus ont 63% de chances en plus d'être confrontés à du stress dépendant par rapport à ceux qui ne souffrent pas de ces troubles. Qu'est-ce que cela signifie ? En gros, si vous souffrez d'un trouble interne, vous êtes plus susceptible de vous retrouver dans des situations stressantes que vous avez créées, peut-être inconsciemment.


Pour ceux qui souffrent de troubles externes, comme les troubles de la conduite, le tableau est légèrement différent. Ils ont également une probabilité accrue (37%) d'être exposés au stress dépendant. Cependant, ils sont aussi plus susceptibles (12% de plus) de se retrouver dans des situations stressantes indépendantes - celles qui sont hors de leur contrôle.


Enfin, un autre chiffre marquant est celui qui concerne la persistance des symptômes. Le stress généré peut expliquer jusqu'à 9% de la persistance des symptômes des troubles psychologiques. C'est une découverte majeure, car elle suggère que si nous pouvons réduire le stress généré, nous pourrions potentiellement réduire la gravité des symptômes de 9%.


Dans l'ensemble, ces résultats démontrent la complexité de la relation entre le stress et la psychopathologie. Ils soulignent l'importance de la gestion du stress dans le maintien de notre santé mentale.



Questionnaire : Quel Type de Stress Domine Votre Vie ?

  1. Avez-vous déjà vécu des situations stressantes à cause de vos propres actions ou décisions ?

    • a) Jamais

    • b) Rarement

    • c) Parfois

    • d) Souvent

    • e) Tout le temps

  2. Vous sentez-vous souvent stressé par des situations qui sont hors de votre contrôle (par exemple, des problèmes de santé imprévus, des accidents, etc.) ?

    • a) Jamais

    • b) Rarement

    • c) Parfois

    • d) Souvent

    • e) Tout le temps

  3. Vous arrive-t-il souvent de vous sentir stressé après avoir pris une décision importante ?

    • a) Jamais

    • b) Rarement

    • c) Parfois

    • d) Souvent

    • e) Tout le temps

  4. Vous sentez-vous stressé par des événements de la vie quotidienne qui sont hors de votre contrôle (comme le temps, les embouteillages, etc.) ?

    • a) Jamais

    • b) Rarement

    • c) Parfois

    • d) Souvent

    • e) Tout le temps

  5. Estimez-vous que votre stress est principalement causé par vos propres actions, décisions ou comportements ?

    • a) Pas du tout

    • b) Un peu

    • c) Plutôt oui

    • d) Oui, beaucoup

    • e) Absolument

Grille de cotation :

Pour chaque réponse, attribuez les points suivants :

  • a) 0 point

  • b) 1 point

  • c) 2 points

  • d) 3 points

  • e) 4 points

Interprétation des points :

  • Stress Dépendant (Questions 1, 3 et 5) :

    • 0-4 points : Faible

    • 5-7 points : Modéré

    • 8-12 points : Élevé

  • Stress Indépendant (Questions 2 et 4) :

    • 0-4 points : Faible

    • 5-7 points : Modéré

    • 8-12 points : Élevé

Un score élevé en stress dépendant suggère que votre stress est principalement lié à vos propres actions et décisions, tandis qu'un score élevé en stress indépendant suggère que votre stress est principalement lié à des facteurs extérieurs à votre contrôle.





Ce graphique illustre l'association entre divers types de troubles psychologiques et le stress dépendant. Le stress dépendant est un type de stress qui résulte des actions ou des comportements de l'individu lui-même. Par exemple, des conflits dans les relations peuvent être considérés comme du stress dépendant si l'individu a joué un rôle significatif dans la création ou l'exacerbation de ces conflits.


Chaque barre du graphique correspond à un type spécifique de trouble psychologique. La position de la barre sur l'axe des x (horizontal) indique la taille de l'effet, qui est une mesure statistique de l'ampleur de l'association entre le trouble psychologique et le stress dépendant. Une taille d'effet plus élevée indique une association plus forte.


Par exemple, le trouble de l'humeur (Mood disorders en anglais) a la plus grande taille d'effet (0.33), ce qui indique une forte association avec le stress dépendant. Cela signifie que les personnes atteintes de troubles de l'humeur sont plus susceptibles de subir du stress qui est lié à leurs propres actions ou comportements. À l'inverse, les troubles anxieux (Anxiety disorders en anglais) ont une taille d'effet plus modérée (0.20), ce qui indique une association plus faible avec le stress dépendant.


Il est important de noter que ce graphique ne montre pas si les troubles psychologiques causent le stress dépendant, ou si le stress dépendant contribue à l'aggravation des troubles psychologiques. Il montre simplement qu'il existe une association entre les deux.



Conclusion


Les résultats de cette étude renforcent notre compréhension de la complexité de la relation entre les troubles psychologiques et le stress. Cette recherche nous rappelle que le stress n'est pas simplement quelque chose qui nous "arrive". Au contraire, nous jouons un rôle actif dans la génération de notre propre stress, surtout lorsque nous luttons contre des problèmes psychologiques.


L'étude met en évidence que le stress dépendant, celui que nous générons nous-mêmes, est plus fortement lié à notre psychopathologie que le stress indépendant, qui est hors de notre contrôle. Cette idée remet en question l'approche traditionnelle qui consiste à voir le stress comme quelque chose que nous subissons passivement. Elle nous invite plutôt à considérer le stress comme une danse complexe où nous sommes à la fois le danseur et la musique.


Les découvertes de cette étude ont des implications significatives pour notre façon de comprendre et de traiter les troubles psychologiques. Elles suggèrent que les interventions pourraient être plus efficaces si elles ciblaient non seulement les symptômes du trouble psychologique lui-même, mais aussi la façon dont l'individu génère et gère le stress.


Enfin, cette étude nous rappelle que nous avons tous la capacité d'apprendre de nouvelles danses. Que ce soit par le biais de la thérapie, de l'auto-soin ou d'autres interventions, nous avons tous le potentiel d'apprendre à mieux naviguer dans le tourbillon du stress et à créer une danse qui soit plus harmonieuse pour nous. Comme le dit le proverbe : "La vie n'est pas une question d'attente que l'orage passe, c'est apprendre à danser sous la pluie".


La vie peut être stressante, mais elle est aussi pleine de possibilités de croissance, de résilience et de guérison.




SOURCE :

Rnic, K., Santee, A. C., Hoffmeister, J.-A., Liu, H., Chang, K. K., Chen, R. X., Neufeld, R. W. J., Machado, D. A., Starr, L. R., Dozois, D. J. A., & LeMoult, J. (2023). The vicious cycle of psychopathology and stressful life events: A meta-analytic review testing the stress generation model.Psychological Bulletin, 149(5-6), 330–369. https://doi.org/10.1037/bul0000390

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