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Rejet d'enfance : Prédicteur de la psychopathie adulte?

Le poids du passé


Saviez-vous que certaines des expériences les plus déterminantes pour notre psychologie adulte se produisent avant même notre naissance et pendant nos premières années de vie?


La criminologie, dans son approche traditionnelle, a souvent laissé de côté une exploration complète du parcours de vie pour expliquer les comportements antisociaux. Cet oubli est particulièrement flagrant dans l'étude de la psychopathie. Ce trouble complexe de la personnalité, marqué par des symptômes affectifs, interpersonnels et antisociaux, a souvent été étudié en se focalisant sur des périodes précises de la vie.


Pourtant, des recherches montrent que des événements tels que le stress pendant la grossesse ou le rejet parental peuvent influencer le développement de traits psychopathiques ultérieurs. L'attachement, un besoin humain fondamental, semble jouer un rôle majeur. Les individus ayant vécu un rejet ou un attachement précaire durant l'enfance sont plus susceptibles de développer des traits psychopathiques à l'âge adulte. En somme, pour une compréhension complète de la psychopathie, il est vital d'examiner tout le parcours de vie, en mettant un accent particulier sur les premières expériences.


Pour le grand public, cette étude offre une perspective éclairante sur les racines profondes de la psychopathie. Elle démontre l'importance de l'environnement familial et social précoce dans le développement d'un individu. De plus, elle souligne le rôle crucial de l'attachement sécurisé et de la reconnaissance émotionnelle dans la petite enfance pour prévenir les troubles de la personnalité à l'âge adulte.



Explorer la psychopathie


La psychopathie est un trouble de la personnalité complexe souvent associé à des comportements antisociaux. Elle se caractérise par une insensibilité émotionnelle, une tendance à manipuler les autres, et une impulsivité marquée.


Le cas de James Fallon est particulièrement intrigant. Ce neuroscientifique de renom a découvert, un jour, ses propres traits psychopathiques en étudiant les scans cérébraux de psychopathes connus. Bien qu'il ait manifesté un comportement insensible, surtout durant sa jeunesse, Fallon attribue son absence de tendances violentes à ses expériences positives durant l'enfance. Il pense que ces interactions précoces bénéfiques ont atténué ses prédispositions génétiques potentielles vers la violence et les problèmes émotionnels.


Termes et concepts clés :

  1. Facteurs obstétricaux : Il s'agit des complications ou événements qui surviennent pendant la grossesse ou l'accouchement. Ces facteurs peuvent avoir un impact sur le développement physique et psychologique de l'enfant.

  2. Facteurs liés à la petite enfance et à la famille : Ces facteurs englobent les expériences ou situations vécues durant les premières années de vie, telles que le sentiment d'être rejeté par ses parents ou des problèmes d'attachement.

  3. Conception non désirée : Lorsqu'une grossesse n'est pas planifiée ou souhaitée par la mère, on parle de conception non désirée. Cette situation peut avoir des conséquences psychologiques pour l'enfant à naître.

  4. PCL : SV : Il s'agit d'un outil d'évaluation utilisé pour mesurer la psychopathie. Son nom complet est "La Liste de Contrôle de la Psychopathie : Version Abrégée". En gros, c'est comme un questionnaire qui aide les experts à déterminer si quelqu'un présente des traits psychopathiques.

  5. Dichotomisation des variables : C'est une façon de simplifier des données. Imaginez que vous ayez une série de notes allant de 1 à 100. Si vous divisez cette série en deux groupes, par exemple les notes en dessous de 50 et celles au-dessus, vous avez dichotomisé vos données.

  6. Facteur 1 et Facteur 2 : Ces deux termes se réfèrent à deux dimensions principales de la psychopathie. Le "Facteur 1" concerne les traits de personnalité comme la manipulation ou l'insensibilité. Le "Facteur 2", lui, concerne le comportement, comme l'impulsivité ou les actes antisociaux.

Traditionnellement, l'étude de la psychopathie se centrait surtout sur les criminels en prison. Cependant, avec le temps, les chercheurs ont réalisé que des traits psychopathiques pouvaient aussi être trouvés dans la population générale. Ces dernières années, l'intérêt s'est porté sur les expériences vécues durant l'enfance et comment elles peuvent influencer le développement de la psychopathie à l'âge adulte.



Comprendre les prédicteurs de la psychopathie


L'objectif principal de cette étude était d'analyser si des complications lors de la grossesse ou des situations vécues pendant l'enfance pouvaient prédire des traits psychopathiques à 48 ans. Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé les données d'une étude sur le long terme, le CSDD, qui a suivi 411 hommes depuis leur enfance dans les années 1960 à Londres jusqu'à l'âge adulte.


Ces hommes ont été évalués sur 18 facteurs de risque différents, allant des complications obstétricales à des conditions vécues pendant leur enfance et dans leur famille. À l'âge de 48 ans, leur niveau de psychopathie a été mesuré grâce à la PCL:SV, un outil spécifique pour évaluer la psychopathie.


Pour analyser ces données, les chercheurs ont divisé ces facteurs de risque en deux groupes : ceux qui étaient dans le "pire" quartile et tous les autres. Cela leur a permis de comparer l'impact de ces différents facteurs de risque sur les traits psychopathiques.


Résultats principaux :

  • Complications Obstétricales : Contrairement à ce que l'on pourrait penser, aucune des complications obstétricales étudiées n'était prédictive de la psychopathie à l'âge de 48 ans.

  • Conditions de la Petite Enfance : Les résultats montrent que certains événements de l'enfance étaient significativement liés à la psychopathie adulte. Par exemple, si un homme était né d'une grossesse non désirée par sa mère, cela augmentait le risque de développer des traits psychopathiques à l'âge adulte. De plus, la conception non désirée avait une relation presque significative avec les traits de personnalité psychopathique (Facteur 1) et une relation significative avec les comportements impulsifs et antisociaux (Facteur 2).

  • Autres Facteurs : La santé de la mère joue également un rôle. Une mauvaise santé de la mère était associée à la psychopathie à l'âge adulte. Cependant, la santé du père n'avait presque aucun effet. D'autres facteurs de l'enfance, tels que l'apprentissage de la propreté ou les étapes de développement, n'étaient pas liés à la psychopathie.

Ces résultats soulignent à quel point les premières années de la vie sont cruciales pour le développement psychologique. Bien que des complications lors de la grossesse ne semblent pas influencer la psychopathie adulte, d'autres facteurs tels que le sentiment d'être un enfant non désiré ou la santé de la mère peuvent avoir des conséquences significatives sur le développement psychologique de l'enfant.


Le voyage introspectif de James Fallon pour comprendre ses traits psychopathiques souligne l'importance des facteurs environnementaux. Malgré des caractéristiques structurelles cérébrales spécifiques et des traits génétiques associés à la psychopathie, Fallon a vécu une enfance heureuse, qu'il considère comme un élément crucial pour contrer la manifestation de comportements violents.



Au-delà de la théorie


Les résultats de cette étude ont des implications profondes pour notre compréhension de la psychopathie. Ils suggèrent que certains des plus grands prédicteurs de traits psychopathiques à l'âge adulte se trouvent dans nos premières années de vie. Cela signifie que, pour prévenir la psychopathie, il pourrait être essentiel d'intervenir tôt, en se concentrant sur la qualité de l'environnement familial et sur le bien-être émotionnel de l'enfant.


Exemples :

  1. Interventions précoces en matière de santé maternelle : Assurer une bonne santé physique et mentale à la mère pendant et après la grossesse pourrait réduire le risque de développement de traits psychopathiques chez l'enfant.

  2. Soutien aux familles : Offrir un soutien aux familles, en particulier à celles qui vivent dans des conditions de surpeuplement ou où la mère se sent dépassée, pourrait aider à prévenir le développement de traits psychopathiques chez les enfants.

  3. Éducation parentale : Des programmes éducatifs pour les parents, en particulier pour les jeunes mères, pourraient les aider à construire des relations saines et sécurisantes avec leurs enfants, réduisant ainsi le risque de développement de la psychopathie.

Conseils pratiques :

  1. Recherchez un soutien : Si vous êtes une jeune mère ou si vous vous sentez dépassée par la parentalité, n'hésitez pas à chercher de l'aide. Il existe de nombreux programmes et ressources disponibles pour soutenir les parents.

  2. Établissez des liens sécurisants : Travaillez à établir des liens d'attachement forts et sécurisants avec votre enfant dès la naissance. Des gestes simples comme le contact peau à peau, le temps passé ensemble, et l'écoute attentive peuvent faire toute la différence.

  3. Éduquez vous : Prenez le temps de vous renseigner sur les meilleures pratiques parentales et sur l'importance des premières années de la vie de votre enfant. Plus vous serez informé, mieux vous serez équipé pour soutenir le développement sain de votre enfant.


Les débats entourant la psychopathie

  • L'absence de lien avec les complications obstétricales : Alors que certaines études antérieures suggéraient un lien entre les complications périnatales et la psychopathie, cette étude n'a trouvé aucun lien. Cela pourrait suggérer que la psychopathie est plus une réponse adaptative à un stress précoce qu'un résultat directement lié à des complications lors de la naissance.

  • L'importance des interactions mère-enfant : Des recherches antérieures ont montré que des nourrissons ayant peu de contact visuel avec leur mère étaient plus susceptibles de montrer des comportements insensibles aux émotions à l'âge de 7 ans. Cela suggère que les premières interactions avec la mère jouent un rôle crucial dans le développement émotionnel de l'enfant.

  • Nature vs. Nurture : L'étude soulève à nouveau le débat éternel sur l'importance de la génétique (nature) par rapport à l'environnement (nurture) dans le développement de la psychopathie. Les facteurs environnementaux, tels que le fait d'être un enfant non désiré ou de grandir dans un environnement surpeuplé, semblent jouer un rôle important, mais cela ne diminue pas la possibilité de prédispositions génétiques.

Le récit de James Fallon rouvre le débat sur la nature contre la culture dans le domaine de la psychopathie. Son expérience vécue suggère qu'un environnement bienveillant durant l'enfance peut potentiellement contrebalancer les prédispositions génétiques vers la psychopathie. Fallon met l'accent sur l'importance d'un environnement familial positif, exempt de violence, qu'il estime avoir joué un rôle essentiel pour freiner les impulsions violentes qui auraient pu découler de ses traits psychopathiques.


Perspectives :

  • Certains experts estiment que la psychopathie est principalement le résultat de prédispositions génétiques, tandis que d'autres soulignent l'importance de l'environnement. Cette étude, en mettant en lumière l'importance des expériences précoce, penche clairement en faveur de l'importance de l'environnement.

  • D'autres recherches suggèrent que la psychopathie est une combinaison complexe de facteurs génétiques et environnementaux. La manière dont ces facteurs interagissent pourrait être la clé pour comprendre ce trouble.

Il est essentiel pour les lecteurs de considérer les résultats de cette étude dans un contexte plus large. Si les expériences de la petite enfance sont cruciales, cela ne signifie pas que la psychopathie soit inévitable pour ceux qui ont eu une enfance difficile. De plus, il est important de noter que cette étude a ses limites, notamment parce qu'elle s'appuie sur des données recueillies à une époque où les normes sociales étaient différentes. Enfin, nous devons toujours nous rappeler que chaque individu est unique et que de nombreux facteurs entrent en jeu dans le développement de la personnalité.



Ce que nous avons appris sur la psychopathie


La psychopathie, trouble complexe de la personnalité, a longtemps été étudiée dans le contexte de la criminologie. Cependant, cette étude récente nous montre que pour comprendre pleinement ce trouble, il est essentiel de se pencher sur les premières années de la vie. Bien que les complications obstétricales ne semblent pas jouer un rôle prédictif, d'autres facteurs de la petite enfance, comme le fait d'être un enfant non désiré ou la santé de la mère, semblent avoir un impact significatif sur le développement de traits psychopathiques à l'âge adulte.


Ces découvertes soulignent l'importance cruciale des premières années de la vie dans le développement psychologique. Elles nous rappellent que chaque expérience, chaque interaction, surtout pendant l'enfance, peut façonner qui nous devenons en tant qu'adultes. La prévention et l'intervention précoces, ainsi que le soutien aux parents et aux familles, sont donc essentiels pour favoriser un développement sain.


Nous aimerions connaître votre avis sur cette étude. Avez-vous des expériences personnelles ou des observations qui corroborent ou contredisent ces résultats ? Pensez-vous que d'autres facteurs, non mentionnés dans l'étude, pourraient également jouer un rôle dans le développement de la psychopathie ? Partagez vos pensées dans la section des commentaires ci-dessous.




SOURCE :

Georgia Zara, Henriette Bergstrøm, David P. Farrington, Being unwanted and other very early predictors of adult psychopathy, Journal of Criminal Psychology Pub Date: 2023-03-13 , DOI:10.1108/jcp-01-2023-0002

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